photo : Thomas Heydon
Pour l'artiste Clémentine Chambon, qui débute sa carrière dans le design, l'objet est le lieu de création et de liberté qui lui permet de transmettre et de raconter, de partager son regard sur le monde, avec joie et légèreté apparentes. Cette recherche perpétuelle de sens, de récit, fait brouiller les lignes du design, qui se situe ici à l'interaction entre fonction, décoration et recherche. L'artiste et designer met un point d'honneur à créer du beau, dans une volonté de faire du bien, d'apporter comme un baume au cœur, dans un geste à la fois radieux et généreux. 
Des oiseaux flamboyants se prêtent aux vents, illuminent le ciel de leur patchwork de couleurs puis se disséminent en multiples bribes. Conçus lors d'ateliers participatifs, ces cerfs-volants de tissu, destinés à flotter dans les rues de Nîmes, se déchirent face aux intempéries ; pour Clémentine Chambon, ces oiseaux sont à la fois issus de l'amour né du collectif, de la création mutuelle, mais également de la colère, dont ils portent les traits sur leurs visages. L'histoire de ces « Angry birds » aurait pu s'arrêter là, aux tissus fragilisés et abîmés par des vents trop violents, mais l'artiste choisit de leur offrir une seconde vie : elle récupère les étoffes peintes, découpées et cousues, les répare et les abrite dans un refuge, un mazet niché dans les vignes, « La chambre des oiseaux » (Les Costières de l'art, 2025). En restaurant non seulement la forme matérielle mais également les souvenirs et les émotions, l'artiste propose un acte de régénération, de mémoire réparatrice ; le soin est tout autant matériel que psychologique. 
Cette œuvre des oiseaux et les multiples rebondissements qui la suivent et la construisent sont représentatifs de la démarche de Clémentine Chambon, qui crée à partir d'histoires, depuis les phases de réflexion et de conception des pièces jusqu'à leur transmission et réception dans le monde. Les spécificités des matériaux peuvent devenir point de départ pour la figuration des œuvres, comme avec Fauteuil Elliptic, pièce dans laquelle les propriétés naturelles du rotin orientent la forme de l'objet, une ligne qui s'ondule. Elle met en exergue la petite ou la grande histoire, par exemple avec les lampes Doll, réalisées à partir de dentelle Solstiss et qui prennent la forme de personnages du 19e siècle vêtus de capes et cols retournés. Ici, la forme fait référence de manière presque cinématographique à l'histoire du textile, à travers un jeu entre l'objet et sa confection, tel un clin d'œil appuyé. 
Le design de Clémentine Chambon fait sourire et rêver, chaque pièce étant comme une porte qui s'ouvre vers des imaginaires. C'est le cas avec Alice Stool, qui est à la fois un tabouret et une ouverture dans le conte d'Alice au pays des merveilles ; le meuble se théâtralise. C'est le cas aussi avec Shelter (2022-2023), une installation réalisée sur la plage, à partir de bois flotté récupéré suite à une tempête, et transformée en refuge qui permet de se retrouver et de contempler le paysage. Là encore, réparer consiste moins à effacer la trace qu'à composer avec elle. 
Clémentine Chambon crée des objets qui tissent des récits, dans leurs formes, mais aussi via leurs ornementations. Elle manie en effet les rythmes des couleurs, comme une musique visuelle qu'elle joue à travers des motifs répétés sur les objets, tapis ou tapisseries. Si elle conserve du design le fait de donner du sens à l'objet depuis ses formes, ou encore de procéder par division des étapes de fabrication, sa démarche tend de moins en moins à considérer un objet comme achevé mais au contraire, à déployer de nouvelles expérimentations, à s'ouvrir à l'aventure et au partage, à l'inconnu et à la spontanéité, assumant le bricolage et les imperfections liées à cette démarche. Créer est pour Clémentine Chambon un moyen de partager les émotions qui traversent tout un chacun ; elle ouvre de nouveaux dialogues. Depuis la perfection du design jusqu'à l'incertitude du tâtonnement, c'est tout un rapport à l'objet qu'elle déconstruit et réapprend, au quotidien et auprès des autres. 
Elle revendique ainsi le jeu et la rêverie, s'imprégnant tout autant des interactions et relations nées des ateliers collectifs, que des paysages — la garrigue et sa végétation clairsemée, la lumière blanche et franche de la Méditerranée où elle choisit de vivre. Perméable aux éléments et aux accidents, l'œuvre de Clémentine Chambon est comme un espace avec différentes pièces faites pour habiter, pour se rassembler et pour rêver. 
Laëtitia Toulout, critique d'art

Acquisitions dans des collections publiques : 
2019, CNAP - fauteuil Elliptic, éditeur Bonacina, dessins et maquettes représentés par The Art Design Lab ; 2021, Mobilier National - lampe Doll ; 2023, Mobilier National - console Cosmo, éditeur Exto 
Récompenses et prix : 
2021, Mondes Nouveaux - projet Shelter 2022 et 2023 ; 2024, FRENCH DESIGN 100 - Elliptic Limited Edition, éditeur Bonacina ; 2026, FRENCH DESIGN 100 - collection de papier peint Villa, éditeur Maison Bonami
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